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LE ZAHIR
"...Selon la tradition des
steppes, appelée Tengri, pour vivre dans la plénitude, il fallait être
constamment en mouvement, ainsi chaque jour était différent de l'autre (...) Si
l'on ne peut pas voyager physiquement, on peut le faire sur le plan
spirituel. Aller de plus en plus loin, prendre ses distances avec son histoire
personnelle, avec ce que l'on nous a forcés à être."
" - Que faire pour
abandonner cette histoire que l'on nous a racontée? - La répéter à haute
voix, dans ses moindres détails. A mesure que nous racontons, nous nous séparons
de ce que nous avons été, et - vous le verrez si vous décider d'essayer -
nous faisons de la place pour un monde nouveau et inconnu. Répéter cette
histoire ancienne très souvent, jusqu'à ce qu'elle n'ait plus d'importance pour
nous. - C'est tout? - Il reste un détail : à mesure que les espaces sont
inoccupés, pour éviter que cela ne nous cause un sentiment de vide, il faut les
remplir rapidement, même si c'est provisoire. - Comment? - Avec des
histoires différentes, des expériences que nous n'osons pas faire, ou que
nous ne voulons pas faire. C'est ainsi que nous changeons. C'est ainsi que
l'amour grandit, nous grandissons avec lui."
" Le Zahir? Il avait
disparu, mais à présent je me rendais compte qu'un Zahir, c'était plus qu'un
homme obsédé par un objet, une des mille colonnes de la mosquée de Cordoue,
comme le disait la nouvelle de Borges, ou une femme en Asie centrale, comme
l'avait été ma terrible expérience pendant deux ans. Le Zahir, c'était la
fixation sur tout ce qui avait été transmis de génération en génération, ne
laissant aucune question sans réponse, occupant tout l'espace, ne nous
permettant jamais d'envisager la possibilité que les choses changent."
" Il m'a dit que mon passé
m'accompagnerait toujours, mais que plus je me libérerais des faits et me
concentrerais sur les seules émotions, plus je comprendrais qu'il y a toujours
dans le présent un espace aussi grand que la steppe à remplir d'amour et de joie
de vivre. Enfin, il m'a expliqué que la souffrance naissait quand nous
attendons que les autres nous aiment comme nous l'imaginons, et non comme
l'amour doit se manifester - librement, sans contrôle, nous guidant de sa force
et nous empêchant de nous arrêter."
Le
Zahir
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